Accueil > « Au départ, il y avait le… pictogramme »

  • Christophe ERHAT, 2005
    communiqué de l’exposition : galerie Frédéric DESIMPEL _ 2005

    Au départ, il y avait le… pictogramme.

    L’univers pictural de Nicolas Grimaud tient sa genèse du choc issu de la rencontre (fortuite ?) avec les rares personnages qui ornent les panneaux routiers.

    Ces ombres, — si visibles, — qui rythment et peuplent la ville, font partie de l’inconscient collectif et leur humanité lui apparait au fil des « libertés » que prennent leurs divers dessinateurs, peu respectueux de normes graphiques en vigueur pour ce type de représentation.

    Un affranchissement sauvage qu’il découvre en même temps que Bruxelles, sa ville d’adoption. Une cité qui, par ses traits constitutifs tantôt universels, tantôt singuliers, marque l’artiste de son empreinte : le chaos — presque — organisé, la promiscuité d’éléments aussi incongrus qu’improbables, le mouvement incessant (pour ne citer qu’eux) sont un second choc mais également quelques-unes des « nourritures urbaines » qui sustentent, imprègnent, ont forgé et font continuellement évoluer sa réflexion.

    Face à ces influx progressivement digérés, les personnages originels entrent en mutation, les motifs de base se font de plus en plus récurrents et intimes

    En retour de son apport, Nicolas Grimaud offre à la ville une représentation d’elle-même sous la forme d’une allégorie de réalité quotidienne qui s’y trouve magnifiée. Une évocation picturale déclinée à l’envi avec, en filigrane, la volonté ostensible de s’interroger sur les limites et oppositions binaires : structuration et déstructuration de l’espace, erreur et perfection, figuration et abstraction, peinture et décoration…

    Un questionnement sur le fil du rasoir qui pousse la toile — en tant que cobaye — dans ses derniers retranchements jusqu’à pouvoir à certains moments lui conférer une simplicité de décryptage et/ou une beauté dérouttante.

    Mais loin de chercher quelques alibis justificatifs, les œuvres de Nicolas Grimaud assument pleinement leur incontestable pouvoir de séduction esthétique et sortent grandies de cet élan d’honnêteté.

    Pendant ce temps, loin de ces considérations, les motifs ombrés continuent leur chemin, s’agitent, vivent leur propre vie sans se soucier du regard qu’on pose sur eux. Un regard sur notre propre rapport à l’environnement ordinaire qui de facto est plus que déjà occupé, silencieusement, à se modifier.

    Soyons vigilants !

    Christophe ERHAT, 2005

    visiter l’exposition : galerie Frédéric DESIMPEL